Informations générales phagothérapie


    Qu'est ce que la phagothérapie ?

    Définition littérale de la phagothérapie selon le Larousse :
    “Utilisation thérapeutique de virus (dits bactériophages) pour leur capacité à détruire des bactéries pathogènes infectieuses. (Pratiquée autrefois, la phagothérapie voit son intérêt renouvelé avec le développement des résistances bactériennes aux antibiotiques.).”
    Il s’agit de trouver et d’identifier les virus particuliers adaptés à l’infection. Ensuite, il faut les déposer sur le site infecté par des bactéries (et uniquement des bactéries) pour qu’ils les détruisent. Ces virus se multiplient alors et continuent de détruire d’autres bactéries identiques qu’il va rechercher et trouver. Comme ils n’attaquent que les bactéries ciblées et absolument rien d’autre, ils n’ont aucun effet secondaire reconnu depuis 100 ans d’utilisation. Par exemple, le phage contre le staphylocoque doré, n’attaquera QUE le staphylocoque doré et absolument rien d’autre (et ainsi pour toutes les bactéries).
    Avec le temps et l’expérience, les médecins sont montés en compétence dans la façon d’appliquer la phagothérapie.

    Comment un bactériophage détruit une bactérie

    Que sont les bactériophages

    Les bactériophages, communément appelés “phages” sont des virus qui peuvent nous soigner. Ils ne reconnaissent que les bactéries qu’ils attaquent et qu’Ils utilisent pour s’y multiplier à grande vitesse à l’intérieur de celles-ci. C’est ainsi qu’ils finissent pas les faire “exploser”  et donc les tuer. Une fois la bactérie explosée, les nouveaux bactériophages sont libérés et vont aller chercher d’autres bactéries à contaminer, donc à détruire. Le processus continue ainsi jusqu’à réussir à guérir l’infection bactérienne.
    Pour chaque type de bactérie, il existe un ou plusieurs types de phages. Mais chaque phage n’attaquera que la bactérie pour laquelle il est alloué.
    C’est ainsi que les bactériophages peuvent réussir à guérir une infection bactérienne que n’auront pas réussi à guérir les antibiotiques

    Comment sont préparés les phages

    Les phages peuvent être préparés artisanalement avec un peu de connaissances scientifiques. Par exemple, il suffit de prélever de l’eau d’un cours d’eau, des égouts, etc .et il y aura des phages. Cette eau prélevée est ensuite centrifugée et décantée en milieu stérile. Puis elle est mise en présence d’un bouillon de culture de la bactérie que l’on souhaite traitée. Il ne restera alors que les phages alloués à détruire cette bactérie sans la bactérie qui aura été détruite par les phages. Cependant, il peut rester des débris bactériens. Un peu de chloroforme est rajouté pour détruire d’éventuelles bactéries restantes sans détruire les phages. Le résultat est ensuite mixée à vitesse rapide pou éliminer des cellules indésirables Ce mélange sera finalement extrêmement filtré pour éliminer toutes les bactéries (sur une membrane de porosité inférieure à 0.45 Micron), puis incubée 24h à 37°c.
    Bien évidemment le procédé industriel est plus complexe et plus poussé, mais artisanalement, ce n’est pas difficile à faire.

    Pour chaque type de bactérie, il existe un ou plusieurs types de phages. Mais chaque phage n’attaquera que la bactérie pour laquelle il est alloué.
    C’est ainsi que les bactériophages peuvent réussir à guérir une infection bactérienne que n’auront pas réussi à guérir les antibiotiques

    Quelle est la différence entre les phages et les antibiotiques?

    La phagothérapie est une thérapie beaucoup plus personnaisée que l’antibiothérapie et se pratique très diffféremment. Elle a l’énorme avantage de n’avoir aucun effet secondaire connu en 100 ans de pratique. Pour tout savoir sur les différences entre les phages et les antibiotiques, lisez la page dédiée aux comparaisons entre les phages et les antibiotiques

    Comment sont appliqués les phages pour traiter les patients ?

    Il y a de nombreux modes d’administration des phages selon les pathologies. Même s’il n’y a pas d’effet secondaire connu à la phagothérapie (depuis 100 ans de pratique), chaque site infecté a son mode d’administration (infiltration urétrale pour les infections urinaires, mésothérapie pour les folliculites, inhalations pour les infections pulmonaires, etc.). Vous trouverez toutes les explications sur les façons de traiter par phagothérapie les différentes pathologies sur la page “Traitement par phagothérapie“.

    Qui a découvert la phagothérapie

    Un franco-canadien, Félix d’hérelle, chercheur à l’Institut Pasteur, a découvert en 1917 que certains prélèvements déposés sur des boites de Pétri laissaient apparaître des “plages claires”. c’est à dire que les bactéries disparaissaient toutes seules. Il a eu l’idée de faire un prélèvement sur ces pages claires et de les déposer sur d’autres boites de Pétri ou la bactérie ne disparaissait pas. Il a alors constaté l’apparition de nouvelles pages claires, ce qui signifiait des destructions bactériennes. Il en a ainsi conclu qu’il y avait un micro-organisme qui aidait naturellement à la guérison. Il les a appelés des “bactériophages” (du grec Phagos = manger), ce sont donc des “mangeurs” de bactéries.

    Il a alors eu l’idée d’isoler ces bactériophages (phages) actifs pour les donner à des patients infectés. et de s’en servir pour un usage thérapeutique. Pour convaincre ses collègues de l’inocuité des phages préparés, il avala lui-même ses premières préparations de phages. Il traita alors des enfants atteints de la Shiguelle (infection grave) et réussit à les guérir : il venait d’inventer la phagothérapie. Il est venu en Géorgie en 1920 pour y créer un institut de la phagothérapie.

    Pourquoi les phages ne sont pas utilisés en France ?

    Les phages étaient en vente en Pharmacie jusqu’en 1980 et étaient remboursés à 70%par la sécurité sociale. En 1980 est apparue une loi qui interdit de soigner avec du vivant. Ce qui a permis de ne plus autoriser la vente des phages en France et dans les pays occidentaux. Cependant, à cette époque, les antibiotiques étaient encore efficaces et on ne parlait pas encore d’antibiorésistance. Les phages, plus compliqués à utiliser que les antibiotiques, étaient tombés en désuétude et ont disparu de l’arsenal thérapeutique occidental dans la plus grande indifférence. Aujourd’hui, en raison de l’avancée très rapide de l’antibiorésistance, les médias et les scientifiques recommencent à évoquer cette solution thérapeutique naturelle. Le problème des phages est qu’ils n’ont pas été inventés, mais juste pris dans la nature. Par conséquent, ils ne sont pas “brevetables”. Or, les études cliniques coûtent des millions d’euros et durent en général une décennie. Personne ne veut financer autant d’argent sur un procédé non rentable puisque non brevatable. De plus, il faudrait faire des études cliniques pour chaque type de phages pour chaque pathologie : pseudomonas dans les poumons, pseudomonas dans les os, pseudomonas dans les sinus, etc. Ce qui multiplie à l’infini les études cliniques.

    Voici un extrait du Compte rendu du 4 mars 2021  de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques organisé par l’Assemblée Nationale française qui explique celà (totalité du compte-rendu disponible en cliquant sur le lien suivant : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/comptes-rendus/ots/l15ots2021101_compte-rendu)

    “Une société implantée en France s’est lancée dans le développement de phages, la société Pherecydes Pharma, qui va mener des essais cliniques. Mais elle doit franchir l’ensemble des étapes réglementaires avant toute autorisation de mise sur le marché. L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) nous a indiqué n’être absolument pas opposée aux phages, mais à condition qu’ils respectent le cadre réglementaire du médicament.

    Le manque d’avancées sur les phages en France conduit certains patients, désespérés, à se tourner vers le « tourisme médical ».

    Je souligne qu’un point de blocage pour les phages est aussi économique : ils ne sont pas brevetables en tant que tels puisqu’ils sont issus de la nature. Par ailleurs, le traitement par phages n’est pas un traitement au long cours et donc ne peut pas être rentabilisé comme un médicament traitant une maladie chronique. Un autre blocage est scientifique : chaque phage étant très spécifique, il est difficile de trouver beaucoup de cas similaires et donc de mener des essais randomisés testant leur efficacité et leur sécurité. Or, la réglementation européenne et nationale des médicaments exige des preuves pour admettre un nouveau médicament sur le marché. On peut donc s’interroger sur l’adaptation du cadre juridique applicable aux phages.”

    Le Docteur DUBLANCHET, expert français de la phagothérapie, se bat depuis plus de 20 ans pour essayer de faire revenir la phagothérapie en Europe :
    Alain DUBLANCHET

    https://www.researchgate.net/profile/Alain-Dublanchet

    Laurent DEBARBIEUX, chercheur à l’institut Pasteur de Paris, est également un fervent défenseur de la phagothérapie :

    https://www.pourlascience.fr/auteur/laurent-debarbieux

    https://orcid.org/0000-0001-6875-5758

    La phagothérapie à l’Institut Pasteur  ; Bactériophage, bactérie, hôte

    Pourquoi la phagothérapie est-elle autorisée en Géorgie ?

    La Géorgie n’a, quant à elle, jamais arrêté  d’utiliser la phagothérapie qui n’y a jamais été interdite. Peu après l’arrivée du communisme, un institut de recherche en phagothérapie a été créé dans sa capitale en 1923. Il y a été créé par Félix d’Hérelle, le découveur de la phagothérapie (Français), en collaboration avec un chercheur Géorgien : Giorgi ELIAVA : il s’intitule du nom du chercheur Géorgien : l‘institut Eliava de la phagothérapie.

    Durant le communisme, les antibiotiques étaient moins utilisés qu’en Occident, et les phages toujours autant adoptés, étudiés, recherchés. Ce qui a fait de la Géorgie l’endroit au monde le plus expériementé (100 ans de pratique) avec une des plus grosses collections de phages du monde (estimée à plus de 6000).

    ×